Introduction

Un modèle de financement à réinventer

Notre modèle de financement des comptes sociaux provient de l'après guerre et a longtemps été un modèle envié et reconnu pour son efficacité. Aujourd'hui il est décrié par les réactionnaires et défendu difficilement par les progressistes qui ont du mal à justifier les déficits chroniques.

En effet, le financement par les actifs de la sécurité sociale et des retraites devient inextricable du fait de l'évolution défavorable de la pyramide des âges. En outre le financement des fonctions étatiques est en constant déficit (bien plus que la sécurité sociale et les retraites en pourcentage) et repose de plus en plus sur les classes moyennes et supérieurs en épargnant les grandes fortunes par leurs capacité à échapper à l'impôt (optimisation fiscale, holdings défiscalisées fraude fiscale).

Il nous apparaît donc évident qu'un nouveau modèle global fiscal doit être proposé pour répondre aux besoins premiers de la population de France afin de répondre à ses besoins vitaux de santé, de vie quotidienne (alimentation, habillement, divertissement), d'éducation, de logement, de culture pour ne citer que les plus fondamentaux.

Une nouvelle vision fiscale globale

La sécurité sociale : Principe général, une solidarité nationale

Le financement de la Sécurité sociale repose sur le principe de solidarité, c’est-à-dire que chacun contribue selon ses moyens (revenus, activité…) et reçoit selon ses besoins (maladie, maternité, retraite, famille…).
Ce système collectif permet de protéger l’ensemble de la population contre les principaux risques de la vie.

http://www.securite-sociale.fr/la-secu-cest-quoi/organisation/les-branches
 

Les principales sources de financement 

Historiquement, ce sont les cotisations sociales qui sont la source principale du financement. Elles sont prélevées sur les salaires et partagées entre l’employeur (cotisations patronales), le salarié (cotisations salariales) pour financer notamment; les pensions de retraite, l’assurance maladie, les allocations familiales, les indemnités de chômage (via l’Unédic). 

Créée en 1991, la Contribution Sociale Généralisée (CSG) élargit le financement à tous les revenus (salaires, retraites, revenus du capital, allocations chômage…). Elle est prélevée à la source et constitue aujourd’hui l’une des principales recettes de la Sécurité sociale. Son objectif est de faire participer tous les citoyens, pas seulement les travailleurs.

Les impôts et taxes affectés sont des taxes spécifiques qui financent directement la Sécurité sociale, par exemple, les droits sur le tabac et l’alcool, La taxe sur les salaires, la TICPE (taxe sur les carburants). Ces impôts servent souvent à compenser les exonérations de cotisations ou à soutenir certains régimes.

Enfin, Les transferts de l’État compensent les exonérations de cotisations sociales décidées pour des raisons économiques ou sociales (ex. : exonération sur les bas salaires). Il participe aussi au financement de certaines prestations (par exemple, le minimum vieillesse). 

Les principes d’équilibre et de responsabilité

Le système cherche à garantir un équilibre financier durable entre recettes et dépenses. En cas de déficit, il peut être couverts par des emprunts, notamment via la CADES (Caisse d’Amortissement de la Dette Sociale). Les lois de financement de la Sécurité sociale (LFSS) votées chaque année fixent les orientations budgétaires et les objectifs de dépenses.

L’évolution vers une diversification des ressources

Depuis les années 1990 la part des cotisations sociales a diminué, tandis que celle de la CSG et des impôts affectés a augmenté. Cette évolution vise à élargir la base de financement et à alléger le coût du travail pour les entreprises.

Les principales sources de financement

~55%

Cotisations sociales

Maladie, retraite, famille

~25%

CSG, CRDS

Financement global et solidaire

~10%

Impôts et taxes affectées

Santé publique, compensation d'éxonérations

~10%

Transferts de l'état

Soutien et équilibre des régimes

Le budget de l'état

Le budget de l’État est le document qui prévoit et autorise l’ensemble des recettes et des dépenses publiques pour une année civile. Il traduit les priorités politiques et économiques du gouvernement et fixe les moyens de l’action publique (éducation, santé, défense, justice, etc.).

Les recettes sont les ressources qui alimentent l’État. Elles sont constituées par les impôts et taxes (impôt sur le revenu, TVA, impôt sur les sociétés, droits de succession, etc.) et les recettes non fiscales : dividendes d’entreprises publiques, amendes, ventes de biens publics… 

Environ 90 % des recettes viennent de la fiscalité.

Les dépenses sont les sommes engagées pour financer les politiques publiques de fonctionnement (salaires des fonctionnaires, matériel, entretien), d'investissement (infrastructures, numérique, recherche…), d'interventions (allocations, subventions, aides économiques, etc.). Et du service de la dette (remboursement des intérêts sur la dette publique).
 

Le principe d'équilibre 

L’objectif est d’équilibrer dépenses et recettes, mais en pratique, l’État dépense souvent plus qu’il ne perçoit ce qui constitue le déficit budgétaire, financé par l’emprunt. La somme totale des déficits accumulés forme la dette publique.

Le processus d’élaboration

En phase préparatoire, le gouvernement élabore le projet de loi de finances (PLF). Le Parlement le discute et vote la loi avant la fin de l’année (souvent en décembre). Les ministères dépensent selon les crédits votés et la Cour des comptes et le Parlement vérifient la bonne utilisation des fonds publics.

Les grands principes budgétaires (issus de la LOLF*) sont les suivants :

Annualité (valable pour un an), Unité (toutes les recettes et dépenses sont regroupées dans un seul document), Universalité (aucune dépense n’est compensée directement par une recette), Spécialité (chaque crédit est affecté à un usage précis) et Sincérité (les prévisions doivent être réalistes).

(*LOLF = Loi Organique relative aux Lois de Finances, 2001)

Ce qui fonctionne bien dans le système actuel

Un niveau de prélèvements élevé qui finance un important filet social

- La France reste l’un des pays de l’OCDE où le ratio prélèvements obligatoires / PIB est le plus élevé : 43,8 % du PIB en 2023. Cela permet de financer un haut niveau de prestations publiques.

Cette capacité financière se traduit par des dépenses sociales publiques très élevées : la France est l’un des pays de l’OCDE au-dessus de 30 % du PIB en dépenses sociales publiques (retraite, santé, famille, allocations…)

Ce qui contribue fortement à réduire la pauvreté monétaire et à amortir les inégalités de niveau de vie. 
 

Des mécanismes redistributifs opérationnels 

Le système français combine impôt sur le revenu progressif, cotisations sociales, prestations (famille, logement partiellement ciblées) et minima sociaux : ensemble, ces éléments ont un effet redistributif visible sur les revenus disponibles des ménages.
 

Récupérations ponctuelles via enquêtes et fuites internationales 

Les enquêtes internationales (Panama Papers, Pandora, etc.) ont permis des redressements ciblés : la France a récupéré des centaines de millions via ces enquêtes (ex. ~450 M€ rapatriés au fil des révélations et régularisations liées aux « leaks »).

Ces retombées montrent l’efficacité possible d’un travail international coordonné. (Le Monde.fr)

Ce qui fonctionne mal dans le système actuel

Un manque de connaissance et d’estimation précise du « tax gap » (montant de la fraude / évasion)

La Cour des comptes souligne qu’il n’existe pas d’estimation robuste et consolidée du tax gap en France.

On ne dispose que des montants récupérés à l’issue de contrôles. 

En 2022, les sommes réclamées à l’issue d’audits étaient 14,61 Md€ (11,95 Md€ d’impôts redressés + 2,66 Md€ de pénalités). 

Mais ce chiffre ne représente que la pointe visible du problème. (Cour des comptes)
 

Estimations larges de l’évasion non recouvrée

Plusieurs évaluations et rapports journalistiques/analystes estiment que le montant total de l’évasion et optimisation agressive (y compris offshore) pourrait se situer entre 80 et 120 Md€ par an pour la France (ordres de grandeur discutés publiquement). 

Même si ces fourchettes sont approximatives, elles montrent l’ampleur potentielle du manque à gagner. (euronews)

 

Coût élevé des « niches » / dépenses fiscales et complexité 

Les dépenses fiscales (exonérations, niches, réductions d’impôt) représentent un coût public important et souvent mal ciblé : selon les chiffrages officiels, le coût des dépenses fiscales s’élevait autour de ~90/96 Md€ en 2022–2023 (selon méthode de calcul et année). 

Une quinzaine de mesures concentrent une large part de ce coût. 

Ces dispositifs réduisent la base d’imposition, creusent l’opacité et rendent le système plus lourd à gérer. (Cour des comptes)


Rendement perfectible des contrôles et faiblesse du recouvrement préventif

Si l’administration fiscale réclame et recouvre des sommes lors d’audits, le rapport de la Cour des comptes signale que l’effort de détection/prévention reste insuffisant et mal évalué.

 Le ratio entre ce qui pourrait être détecté (estimation) et ce qui est effectivement récupéré est très défavorable. (Cour des comptes)

 

Inégalités patrimoniales qui augmentent malgré la fiscalité 

Les inégalités de patrimoine se sont creusées : la moitié des ménages détient une part disproportionnée de l’actif national, et le top 1 % concentre une part significative du patrimoine (estimations publiques/analyses INSEE / WID indiquent des parts élevées et en hausse). 

Ces évolutions montrent que la fiscalité du patrimoine (transmission, revenus du capital) n’a pas suffi à freiner la concentration. (Le Monde.fr)

 

Innovations possibles 

Pour chaque proposition je donne une estimation prudente de l’impact budgétaire (ordre de grandeur) et une remarque sur faisabilité/risques.
 

Mesurer sérieusement le « tax gap » et publier un tableau de bord (coût modéré, effet multiplicateur) 

  • Action : création d’un observatoire public du tax gap (méthodologie OCDE/WID), audit national + estimation régulière (sur 3 ans).
  • Coût initial : ~50–100 M€ pour mise en place (études, personnel, IT).
  • Bénéfice : meilleure information → priorisation des contrôles ; facilite des mesures ciblées capables de rapporter des milliards. (Impact indirect majeur en améliorant rendement des mesures anti-fraude).
  • Justification : la Cour des comptes note l’absence d’un chiffrage robuste aujourd’hui. (Cour des comptes)
     

Réduire les dépenses fiscales mal ciblées (rationalisation de niches) 

  • Action : réviser/rationaliser la quinzaine de niches majeures (les 15 principales concentrent ~53 % du total selon PLF), suppression ou ciblage renforcé des dispositifs inefficaces.
  • Estimation d’épargne : si on réduit de 10 % le volume total de dépenses fiscales (base ~92–96 Md€), gain d’environ 9–10 Md€/an. Si on cible les 15 mesures principales et les réduit de 20 %, gain possible ~8–9 Md€ (hypothèse prudente). (Fipeco)
  • Remarque : politique délicate politiquement (bénéficiaires nombreux) — mieux vaut coupler avec redéploiement ciblé vers bas revenus.


Renforcer la lutte contre l’évasion offshore et optimiser le recouvrement

  • Action : investissement dans outils data-driven (connexion automatique aux banques, obligations de reporting tiers, IA pour détection d’anomalies), coopération internationale renforcée (échanges automatiques approfondis).
  • Coût : investissement initial IT + RH ~200–500 M€ sur 3 ans.
  • Gain estimé prudente : si ces mesures renforcent le taux de détection/recouvrement de ~+5–15 Md€/an (en plus des 14,6 Md€ déjà récupérés via audits), on parle d’un rendement très élevé (rapport coût/efficacité attractif). Les estimations supérieures (20–40 Md€) existent mais sont plus incertaines ; je reste prudent. (Cour des comptes)

 

Mieux taxer certains revenus du capital / transmissions très importants (rééquilibrage ciblé)

  • Action : recentrage d’avantages fiscaux sur l’investissement productif (vs exonérations patrimoniales peu ciblées), renforcement des règles anti-abuse et simplification des abattements de transmission.
  • Estimation d’impact : une réforme modérée (par ex. harmonisation/limitation d’un abattement majeur) peut rapporter quelques milliards €/an (2–8 Md€ selon périmètre). Effet redistributif direct sur hauts patrimoines. (ordre de grandeur fondé sur études économico-fiscales et montants patrimoniaux globaux). (Le Monde.fr)

 

Transparence et publication micro-agrégée des bénéficiaires de niches

 

  • Action : rendre publiques (agrégées et anonymisées) les listes des bénéficiaires par tranche/montant pour 50 principales mesures.
  • Impact : améliore contrôle démocratique, facilite ciblage, réduit fraudes. Coût marginal faible (quelques M€). Efficacité : facilite économies identifiées (lié à la réduction des dépenses fiscales ci-dessus). (Cour des comptes)

Fiscalité environnementale ciblée (rendement et justice)

  • Action : élargir tarification du carbone domestique / fiscalité verte progressive (ex. mécanismes de compensation pour ménages modestes).
  • Estimation : une taxe environnementale modulée peut rapporter ~3–6 Md€/an si conçue largement, tout en orientant comportements. À coupler obligatoirement avec transferts ciblés pour ménages modestes pour ne pas accroître l’injustice fiscale. (Chiffres dépendants du design exact.)
  • Remarque : ceci améliore justice fiscale si les recettes sont redistribuées aux ménages vulnérables. (Voir expériences comparables en Europe).

 

01

Priorités opérationnelles Roadmap courte

Mesurer :

Créer l’observatoire du tax gap (0–12 mois). 

Coût ~50–100 M€). (Cour des comptes)

02

Digitaliser & cibler :

Investir dans data/IA pour détection (12–36 mois). 

Coût ~200–500 M€, gain attendu +5–15 Md€/an en recouvrements additionnels si efficace. (euronews)

 

03

Tagline

Rationaliser les niches :

Lancer une révision législative des 15 principaux dispositifs (12–24 mois) 

Objectif économie ~8–10 Md€/an si mesures strictes et ciblées. (vie-publique.fr)

Risques et conditions de succès

Acceptabilité politique :

La suppression ou la réduction de niches sera contestée ; il faut des réallocations visibles (ex : affectation vers réduction de la pauvreté ou baisse de CSG pour bas revenus).

Coordination
internationale :

Lutter contre l’évasion exige accords et échanges d’information ; les gains dépendent de la coopération. (Le Monde.fr)

Prudence dans
les estimations :

Beaucoup de chiffres (évasion totale, potentiel de gain) restent incertains — d’où l’importance d’un observatoire solide et d’estimations robustes avant décisions majeures. (Cour des comptes)

La France a les moyens fiscaux (ratio prélèvements/PIB élevé, dépenses sociales supérieures à 30 % du PIB) pour assurer une forte protection sociale et limiter la pauvreté.

En revanche, l’efficacité et l’équité souffrent d’un déficit d’information (pas d’estimation du tax gap), d’un coût massif de niches (~90–96 Md€/an) et de marges d’amélioration substantielles dans la lutte contre l’évasion.

En combinant mesure rigoureuse, digitalisation des contrôles, réforme ciblée des niches et rééquilibrage des prélèvements sur le capital, on peut améliorer significativement la justice fiscale — potentiellement avec gains annuels nets dans la fourchette ~10–30 Md€ (selon intensité et combinaison des mesures), tout en améliorant la transparence et la légitimité du système. (OECD)

Jean-Philippe DUPONT
Directeur de recherche Fiscal

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